samedi 6 novembre 2010

Lost in Translation


Un trip Perfo avec le team Petzl, en Chine, le pays des mille collines...
Cela faisait quelques temps que nous n'étions pas partis si loin de la maison. Lorsqu'on vient de terminer son nid, on a parfois du mal à reprendre son envol et les infatigables voyageurs que nous avions été devenaient dangereusement casaniers...

Les vertus du voyage ne sont pas qu'un vieux cliché. Petits galets polis par la rivière du monde, nous voilà rentrés tout neufs !

En débarquant en Chine, j'ai vraiment ressenti ces paroles de Nicolas Bouvier à propos du voyage:

"On s'aperçoit qu'on est rien. Que l'ego n'est rien, que ce dont on se faisait fort a disparu: il n'y a plus rien. Et faire l'expérience de ce rien est une chose très nécessaire sur le chemin de la vie. Il faut la faire au moins une fois. Sinon, on continue à se pavaner comme un dandy jusqu'à la tombe, ce qui est grotesque."

Au fin fond d'une vallée perdue du Guizhou...

Wang Shu Shu
Les quinze premiers jours, nous avons fait étape au gîte de Wang Shu Shu.
Au menu de ce séjour, hormis calcaire, stats, spits et mèches, du riz, accompagné d'un bouillon de choux, tofu et germes de soja.
Un régime qui ne fait pas grossir, surtout lorsqu'on passe ses journées à se mettre des taquets en ouvrant du bas couennes ou grandes voies
J'essaierai un de ces jours de réinterpréter cette recette qui revenait inlassablement sur notre table chaque soir.
J'ai un certain goût pour l'ascétisme mais je dois tout de même avouer que j'attendais impatiemment le matin pour manger le rituel bol de pâtes, d'autant que les planches déguisées en lits sur lesquelles nous dormions n'incitaient guère à la grasse matinée.

Si le confort était spartiate, le site quatre étoiles que nous découvrions, mettait, lui, l'eau à la bouche.
Je ne rentrerai pas dans les détails, les photos parleront d'elles-mêmes...

La grotte de Getu - photo Olivier Balma
A l'ouverture de "Lost in Translation", 7b, 7c+, 8a, 8a
3e relais de "Lost in Translation"
La 4e longueur 




La salle de bain familiale ou le minimalisme à la chinoise
La récolte du riz

Nous sommes heureux d'avoir fait la connaissance d'Ola, bonne grimpeuse polonaise et surtout aventurière née, qui apprend le chinois à Pekin et travaille pour Takako Hoshi.
Takako, avec laquelle j'ai bien sympathisé, est une charmante grimpeuse japonaise qui gère l'unique salle d'escalade de la capitale.
Olivier Balma, guide français installé à Hong Kong travaille quant à lui efficacement à la mise en place d'un brevet d'escalade en Chine.
Lilan, une de ses élèves, alpiniste super motivée fait de la cascade de glace dans le Sichuan, comme d'autres au Fournel...

Rencontrer à l'autre bout du monde des gens qui ont la même passion et dont le sens qu'ils donnent à leur vie ressemble étrangement à celui que l'on essaie de donner à la nôtre, c'est quand même chouette!

Et bien sûr quel plaisir de passer un peu de temps avec cette belle équipe rassemblée par Erwan Lelann: Seb Foissac, Martial Dumas, Sergio Casteran, Dani Andrada, Gilles Krenn, Guido Unterwunzacher et Gerhard Hörhager.



Sans compter ceux qui croisés en chemin ou au hasard d'une panne de minibus nous offrent une belle leçon de sagesse, comme ce vieux paysan, les yeux mi-clos, savourant sa pipe au milieu des rizières entre chaque sillon de labour gagné et dont on se dit: "si je pouvais avoir un jour dans les yeux cette sérénité là, alors peut-être aurais-je un peu compris quelque chose de la vie..."





 Yangshuo, capitale chinoise de la grimpe 


Je rêvais depuis bien longtemps de pouvoir admirer un jour les paysages fabuleux des environs de Guilin dans la province du Guanxi.
Rizières et fleuves tranquilles sur fond de pics karstiques aux formes extravagantes... 


Nous voici donc pour quelques jours à Yangshuo, capitale de la grimpe chinoise.
Cette petite ville bruyante mais sympathique ressemble à un grand marché pour touristes à ciel ouvert, agrémenté de bars, de "Foot Massage", et de restos servant pizzas et banana pancakes.
Bref, l'escale de rêve pour "traveller" en mal d'occident ! Enfin, je ne vais pas cracher sur les capuccinos divins que j'ai bus là-bas...
Le site offre de remarquables balades à vélo le long des fleuves et dans les rizières et les sites de grimpe sont vraiment chouettes, ce qui en fait une belle destination pour des grimpeurs-voyageurs, effectuant un tour en Asie du Sud-Est.


C'est Todd Skinner qui a découvert le site dans les années 90 et équipé les premières longueurs de Moon Hill.
On nous avait également conseillé Lipieshan et White Mountain.
Nous sommes partis du côté de White Mountain, sans doute la plus belle falaise.
Le lieu est très paisible. On traverse des plantations de mandariniers pour accéder à une belle prairie où il fait bon se prélasser entre deux voies. Il est préférable d'y grimper un jour couvert car la falaise est exposée plein sud.

Comme nous étions de retour d'un voyage dédié à l'équipement, nous avons regretté d'avoir laissé la perceuse en route. La falaise a vraiment du caractère et offrirait de belles envolées de 40 m mais les voies s'arrêtent souvent à 25 m du sol. On aurait bien aimé en rallonger quelques-unes...


Pour qui souhaite équiper, le site regorge encore de belles lignes. Il est bien sûr préférable de se renseigner à Yangshuo et de prendre contact avec les locaux avant d'équiper.

Voici l'adresse de Jack, un très sympathique grimpeur chinois qui peut vous aider à organiser votre séjour sur place : renseignements sur l'escalade, réservation de minibus ou location de vélo pour aller grimper...
qinqingxiang@gmail.com








Et pour terminer, car voyage rime chez moi avec lecture, quelques livres sur lesquels je suis tombée ces dix dernières années et qui m'ont donné envie de découvrir la Chine, avec une prédilection pour la poésie chinoise, celle des formes brèves, qui parle des choses simples, de solitude, de source, de lune claire, du "visage du vent d'est" et surtout de montagne et de rocher !
J'adore et ça me fait drôlement du bien de retrouver à des siècles d'écart des thèmes qui me sont chers...

La montagne Vide (Petite Anthologie de poètes chinois anciens), des poèmes qui s'inspirent de l'existence contemplative de lettrés chinois parfois devenus ermites.

Un petit extrait d'un poème d'Han Shan, pour le plaisir !

"J'ai élu domicile au coeur de la montagne:
Sur la voie des oiseaux, il n'est plus trace humaine.
Qu'y a-t-il autour de mon jardin ?
De vagues rochers qu'embrassent les nues blanches."

Les carnets secrets de Li Yu, présentés par Jacques Dars et qui illustrent à merveille cette citation de Henri David Thoreau: "L'art de la vie du poète, c'est d'être occupé sans avoir rien à faire."

Passagère du Silence de Fabienne Verdier: Un très beau témoignage du peintre Fabienne Verdier sur ses dix années passées en Chine à apprendre les techniques de peinture traditionnelle auprès d'un vieux maître ou "l'unique trait de pinceau"...

Un Barbare en Asie d'Henri Michaux

Equipéé de Victor Segalen

Les lettres de Gourgounel: L'exil ardéchois de l'écrivain Kenneth White qui vit cette parenthèse de quelques années dans l'esprit des poètes-ermites chinois...

Balzac et la petite tailleuse chinoise de Dai Sijie : Un beau roman et également un super film aux paysages somptueux !

Le Tao Te King de Lao Tseu

La pratique de la Chine d'André Chieng
Indispensable pour qui veut s'installer en Chine!