Ouverte par Arnaud Petit et Stéphane Husson, en 1992 - dix neuf ans déjà - c'est tout simplement la plus belle voie que je connaisse! Mais il était temps de lui refaire une beauté...
Nous voici donc partis, Arnaud et moi, pour une de ces petites semaines en amoureux dont nous avons le secret.
Approche de cochons sauvages, sacs chargés de spits et d'accus et détail savoureux, pour forcer le maquis corse, à la main, sécateur de jardinière du dimanche qu'on croirait venue tailler ses rosiers.
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| En remontant le Pollischellu |
Première longueur 8b, je suis vraiment contente qu'on change les spits tout rouillés ! J'avais déjà peur il y a dix ans de me pendre au premier relais en assurant Arnaud qui avait libéré la voie...
Une peur bien légitime au final puisque certains goujons se sont cassés cette fois d'un seul coup de clef.
Nous avons passé quelques jours fabuleux sur cette paroi sauvage, abritée par les Teghi Lisce et j'ai savouré plus qu'autrefois encore ces immenses dentelles de granit, ce rocher merveilleux aux couleurs incroyables, la vue sur la mer et ce jardin perché au-dessus du maquis avec son grand pin qui a su résister à la foudre et aux chutes de neige. Lorsque je suis immergée dans de tels paysages, j'ai envie de disparaître, de devenir chamois, rapace ou juste fragile lichen dans une petite fissure...
Et j'aime écouter Arnaud me raconter ses souvenirs et palper son bonheur d'être de retour ici, dans ce paradis solitaire qu'il connaît si bien et qui lui a tant appris. Souvenirs de vacances en famille, souvenirs d'ouvertures surtout, les grandes premières pour lui dans lesquelles il entraînait François, son petit frère toujours serviable et Jean-Paul, son papa infatigable...
Pendant qu'Arnaud rééquipait, j'ai encore une fois profité de l'ami grigri pour me balader seule dans les longueurs. Enfin, "me balader", l'image est assez mal choisie ! Pas du tout en fait !
Pour travailler une longue voie, lorsque cela est possible et que la voie s'y prête, j'aime beaucoup cette solution qui s'accorde bien avec mon tempérament. Et ainsi, je ne monopolise pas mon compagnon de cordée à l'assurage.
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| Que du beau granit ! |
C'était génial d'être tous les deux en paroi chacun occupé et concentré sur ses petites affaires. Deux cerveaux en fusion à 50 mètres l'un de de l'autre: L'un réfléchissant au millimètre près où poser son spit, l'autre scrutant le granit d'une conque insolite. Arnaud perçant le rocher et moi tentant d'en percer le secret...
Je me suis régalée même si certains mouvements de la première longueur sont vraiment durs pour les petits. J'avais fait mien l'adage " il n'y a pas de pas morphos, juste de mauvais grimpeurs" mais là pour le coup, j'ai dû revoir mon jugement car ce granit léger dévers est redoutablement lisse. Bref, pour moi la première longueur s'apparente à un 8b+ avec de bons gros pas de blocs alors que pour Arnaud, c'est un 8b technique.
Enfin, on s'en fiche, l'essentiel c'est que cette voie magique, fraîchement pomponnée et rajeunie par un petit régime qui la fait passer de 5 à 4 grandes longueurs (8b, 7c+, 7c, 8a) est à nouveau prête à déguster. Une délicatesse à réserver à de solides affamés tout de même !
INFOS PRATIQUES :
Point de départ :Corse du Sud, Col de Bavella côté Solenzara; parking 300 m avant le pont sur le Pollischellu en arrivant du col de Bavella (8 km).
Approche : de l'extrémité sud-ouest de l'esplanade, suivre un sentier tracé en pleine forêt. Il se rapproche peu à peu de la rivière. Après 20 min on passe au pied d'une falaise (corde, ne pas suivre la 2e corde 20 m après) et 50 m après on descend et traverse la rivière pour monter dans des dalles grises avec une petite rampe en diagonale (cairn avec des galets ronds au pied). On passe ces dalles grises ensuite vers la droite (marche expo) puis on suit un sentier cairné sur un petit éperon qui monte en direction du col entre la pointe du Corbeau et les Teghie Lisce, on suit ce raide couloir. En haut rester côté droit (côté paroi nord des Teghie Lisce) puis une fois au col seulement, on rejoint en passant au pied du très grand arbre le pied de la face de "Delicatessen".
Matériel : cordes de 50 m. 14 dégaines dont 3 longues, 2 ou 3 sangles.
Période : printemps et automne ; en été l’adhérence est médiocre. En hiver, il peut faire froid dès que la face passe à l’ombre, vers 13 h.
Pour en savoir plus sur le massif: "BAVEDDA" de 2010, le joli topo de Jean-Paul Quilici et Jean-Louis Fenouil. Ou "Grandes de Voies de Corse" de 2012 très bien réalisé également.














Coucou Steph'
RépondreSupprimerje ne peux pas m'empêcher...
"Arnaud perçant le rocher et moi tentant d'en percer le secret... "
Sans blaguer, toutes tes phrases sont bien faites mais celle ci est particulièrement jolie.
Merci de nous régaler de la langue de Rimbaud... j'ai pas encore testé tes recettes!!!
A bientôt
Mercimerci Fred!
RépondreSupprimerBises
Bonjour Stéphanie,
RépondreSupprimerun commentaire qui n'a rien à voir avec l'article, désolé, mais qui est une simple demande.
Serait-il possible d'avoir à disposition (un lien ?) la photo de toi-même dans cette superbe fissure qui fait l'entête du blog pour en faire un fond d'écran ?
Si possible dans sa résolution d'origine, merci.
Je l'aime beaucoup.
Et enfin merci pour ta gentillesse naturelle. (nous nous sommes rencontrés plusieurs fois notamment à la Balme de Yenne).
Christophe.
Bonjour Christophe,
RépondreSupprimerPas de souci pour la photo, je peux te la faire passer. Le plus simple est que tu nous écrives sur notre site, Vagabondsdelaverticale.com (dans contact). Nous aurons ainsi ton email pour te l'envoyer.
Bonne grimpe et bel automne à toi !
J'ai tout reçu, merci beaucoup ! a+
RépondreSupprimerRedescendant il y a 2 ans de Punta Lunarda (après un but mémorable dans les ronces et 3h d'escalade hors voie...), nous avons pu admirer ce chef d'oeuvre. Perplexe, nous restions inondés de questions : comment aviez-vous pu imaginer une voie dans ce désert ? Comment aviez-vous réussi à vous projeter dans cette voie directissime ? Si vous aviez le choix, préféreriez-vous laisser à la postérité une voie facile type "Rebuffat" dans les Calanque ou ce genre de mythe inabordable pour le commun des mortels ?
RépondreSupprimerEric
Bonjour Eric,
Supprimeren réalité nous avons ouvert avec des amis quelques grandes voies qui ne sont pas forcément extrêmes, je pense à Jeef en Corse bien sûr, La Nouvelle Lune en Algérie ou La Guerre Sainte en Jordanie (désormais classique) qui sont parmi les plus belles voies que nous ayons parcourues. En réalité c'est plus le coup de foudre avec un lieu que la pure difficulté qui va nous donner envie d'ouvrir une nouvelle ligne. Quand je suis arrivé au sommet des Teghie Lisce pour la première fois il y a plus de 20 ans, le mur surplombant,coloré et sculpté de Delicatssen était tellement attirant! A ce moment-là je n'avais pas raisonnablement le niveau d'essayer mais l'envie était trop forte et l'année suivante avec Stéphane Husson nous avons suivi la seule ligne qui semblait grimpable, et nous avons eu beaucoup de chance.
Bonnes escalades à toi.
Arnaud,
RépondreSupprimerJe te remercie de ta réponse tout en simplicité et avec beaucoup de passion tout à votre image (Stépanie et toi). J'ai souvent croisé vos traces (encore cette semaine à Taghia) mais jamais encore n'est pu vous saluer....Inch Allah
Eric