mercredi 23 mai 2012

Prilep: un nouveau spot de bloc en Macédoine


J'ai croisé le nom de Prilep pour la première fois dans L'usage du monde de Nicolas Bouvier, l'un de mes livres de chevet.
Je ne me lasse pas de relire depuis quinze ans ce récit de voyage et d'initiation, appréciant à chaque fois la fluidité d'une écriture ciselée et y trouvant un chemin de vie, une façon d'aborder l'inconnu avec humilité et légèreté. Lorsqu'Arnaud furetant comme à son habitude sur internet à la recherche de nouveaux endroits me montre une petite vidéo de bloc à Prilep, c'est un projet de voyage qui se dessine en quelques minutes cet hiver, avec Fabien et Karine, nos amis de Bleau rencontrés en Afrique du Sud.
Partir quelques jours en bonne compagnie sur les traces de Bouvier, à la rencontre d'un pays inconnu et d'un nouveau spot de grimpe, voilà qui m'enchante !



A 1h30 de Skopje, la capitale de la jeune république Yougoslave de Macédoine, Prilep est une petite ville de 70 000 habitants qui s'est construite au départ de la longue plaine de Pelagonia, entre des collines où affleurent de belles formations granitiques. Des crêtes façonnées par une longue histoire. On y trouve d'émouvants vestiges de très anciennes villes datant de plus de 500 ans avant Jésus-Christ. Dominant la ville, la colline de Markoviculi arbore une grande croix à la Eiffel et les restes d'une fortification du Moyen-âge. Blotti à son pied, on peut visiter une vieux monastère orthodoxe où vivent quelques nonnes. Les Balkans, son histoire tourmentée et complexe nous sont à peu près inconnus. La cohabitation entre musulmans et chrétiens orthodoxes ne semble pas toujours aisée mais on trouve au grand marché qui s'étale le matin, une belle rumeur d'orient.
L'atmosphère fait songer à celle des films de Kusturica. Les macédoniens sont gais, musiciens et noceurs. L'animation sur la grande place est à son comble vers 10 heures du soir aux tables des cafés. L'ambiance disco a remplacé les violons d'antan et les belles endimanchées scintillent sous les néons bleutés.


Hristo est né à Prilep. Il a la cinquantaine, un visage d'enfant et un bon sourire. Il a commencé à grimper sur les rochers de Prilep à la fin des années 70 dans les fissures et aujourd'hui, il est ravi de rencontrer des grimpeurs étrangers et de leur faire découvrir le pays de son enfance. Ce sont des bloqueurs slovènes qui ont commencé à ouvrir les blocs. Hristo et ses amis organisent depuis trois ans un rassemblement qui a permis aux grimpeurs locaux de rencontrer des grimpeurs venus de Slovénie, d'Autriche et même de France puisque cette année, Philippe Ribière était parmi eux, quelques jours avant notre venue.


Durant les premiers jours, un vent violent nous assaille et la collante est au rendez-vous. A la recherche de nouveaux passages, chacun retrouve son esprit d'enfant. Avec cinq jeunes slovènes déjà complètement "steakés" et ultra motivés, nous grimpons sur les blocs ouverts, en brossant de nouveaux au passage. Quel privilège de nettoyer et de découvrir de véritables perles !
L'endroit est champêtre. Depuis les crêtes, on embrasse l'horizon sur les sommets enneigés, les toits de tuiles rouges et à nos pieds, les champs de tabac sont encore assoupis. Les moutons pâturent tranquillement entre les blocs, une multitude d'anémones colorées embellissent le gazon et dans les taillis, on trouve encore de ces tortues paisibles qui ont complètement disparu de chez nous. Le soir, les charrettes des roms remplies de bois empruntent les pistes de terre pour rejoindre les villages qui fument au creux des vallées.


Comme partout dans le monde, on ressent ici un train de vie à deux vitesses. Durant le week-end, de gros 4X4 affluent de Skopje alors que pour la majorité de la population, avec un chômage de 30 %, c'est la débrouille qui est de mise. Hristo est prof de gym au chômage et la famille vit sur le salaire de Tatiana qui est ingénieur. Loin d'être parmi les plus défavorisés, ils entretiennent cependant avec soin leur petite parcelle de vignes, quelques ruches et un jardinet pour ensoleiller le quotidien. Tatiana aime se balader en montagne pour cueillir du génépi et des plantes médicinales. Leur vie est simple et fortement reliée à la nature et à la religion. Deux icônes et quelques tableaux décorent le salon. Une douce musique et le miel de Hristo nous réchauffent le coeur. Après quinze jours passés à Prilep, c'est avec émotion que nous les quittons...
De beaux souvenirs déjà où se mêlent les fresques et l'encens des chapelles, la belle marche vers le monastère de Tresckavec, les gâteaux coulant au miel et à la noix offerts par un moine dans le village fantôme de Manastir, les baklavas d'Orhid, l'ambiance turque de Skopje et bien sûr, les heures passées à arpenter les collines à la recherche d'un graal de granit qui sommeille sous son voile de lichen...


2 commentaires:

  1. C'est toujours bon de voyager à travers tes récits. Je suis toujours émerveillée de la sensibili†é qui s'en dégage. La grimpe permet de découvrir toute cette lumière qui se dégage de Dame nature. Voilà une nouvelle destination de rêve pour nos projets. Merci de nous faire rêver
    Sophie

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  2. Merci pour ton gentil message Sophie et bonne grimpe à toi !

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